La Brasserie Castelain fête
ses 80 ans !

Rencontre avec son patron, Yves Castelain. Souvenirs et avenir riment avec plaisir.


L'aventure de la transformation de l'eau en bière à Bénifontaine a débuté en 1926. La brasserie Castelain qui fabrique les célèbres bières "Ch'ti" a traversé ces huit décennies la tête haute, fière de son savoir-faire malgré un environnement redoutable. Aujourd'hui, elle brasse 40 000hl par an. Interview.


François Devos : Que pouvons-nous vous souhaiter à l'occasion du 80ème anniversaire de la brasserie ?

Yves Castelain : De fêter son centenaire dans 20 ans ! Cela veut dire que nous devons poursuivre nos efforts comme je le fais depuis 35 ans. Nous nous sommes battus pour survivre, nous avons réussi à nous développer, nous continuerons ainsi.

FD : Quel sentiment avez-vous quand vous regardez dans le rétroviseur ?

YC : Nous sommes des "dinosaures". Plusieurs générations se sont succédées à la tête de la brasserie. Toutes avec la même passion, l'orgueuil, la volonté de ne rien vouloir lâcher. Etre encore là aujourd'hui n'est pas le fruit du hasard.


Yves Castelain, qui dirige avec sa soeur,
Annick la brasserie du Ch'ti

FD : Vous avez toujours "du plaisir à partager" ? (slogan de la brasserie)

YC : Ce n'est pas un slogan neutre à la brasserie. Il s'apllique aussi bien en interne, avec les 30 collaborateurs mais aussi en externe, pour nos clients. Pour poursuivre sur cette voie, nous devons maintenir notre stratégie de produits d'excellente qualité, innover, investir, produire des bières hauts de gamme tout en maîtrisant les coûts.

FD : Quelle a été la période la plus difficile qu'ait connu la brasserie au cours de ces 80 dernières années ?

YC : Sans aucun doute, la période comprise entre 1975 et 1980. Le marché était alors en plein bouleversement. Les grands groupes nous faisaient déjà de l'ombre, nos produits n'étaient plus assez concurrentiels avec les marques internationales. L'avenir de la brasserie était alors loin d'être assuré.

FD: A l'inverse, quel est votre meilleur souvenir ?

Justement, c'est le lancement en 1978 de la première bière de Noël. Matières premières d'excellente qualité, garde allongée, nous avons vendu à cette période 50 000 bouteilles de bières de Noël. Nos clients étaient très satisfaits du produit malgré son prix plus élevé que les autres bières. Ils nous ont demandé de poursuivre la production toute l'année. Le résultat, vous le connaissez : la Ch'ti venait de voir le jour. C'est le plus beau cadeau que j'ai reçu de la part de nos clients.

FD : Comment voyez-vous l'avenir aujourd'hui ?

YC : Le marché est très dur, encore plus aujourd'hui qu'il y a 5 ans. Les grands groupes internationaux s'intéressent aux bières de spécialité, les seuls qui génèrent de la croissance. Nous avons reçu des propositions de rachat mais nous voulons maintenir notre indépendance à tout prix. Mais en effet, l'arrivée des multinationales sur notre coeur de cible est ce qui m'inquiète le plus. Ca va pas être facile mais nous nous battrons.

FD : Que pensez-vous de la multiplication des petites brasseries dans la région ?

Les "petits brasseurs" ne sont pas un danger, au contraire, ils font eux aussi parler de la bière et c'est bon pour le produit. En revanche, je crois qu'il n'y a pas de place pour tout le monde sur le marché régional.

FD : Vous avez lancé une plate forme logistique il y a quelques années. Les brasseurs de la région n'ont pas adhéré. Pourquoi ?

YC : Le lancemnet de GBS (Groupement des bières spéciales) a intéressé les brasseries belges pour faciliter la distribution de leurs produits. Les acteurs régionaux préfèrent jouer solo, c'est dommage.

FD : Dernière question. Vous lancerez l'année prochaine une nouvelle bière. Que pouvez-vous nous dire ?

YC : ce sera une bière de spécialité qui bénéficiera des mêmes procédés de fabrication. Ce sera une bière apéritive mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.


Propos recueillis par François Devos

Mise en ligne, décembre 2006