A l'occasion de la sortie des bières de Mars, Pierre Tourrette, président de l'association "Brasseurs de France" est l'invité de la rédaction.


Interview
Pierre Tourrette, président de l'association des "Brasseurs de France"
"Les bières de Mars répondent à un cahier des charges très précis"
"L'avenir de la bière passe aussi par les micro-brasseries"
Liens
le site des brasseurs-de-france
le site du Salon de l'Agriculture


Pierre Tourrette est âgé de 60 ans. Il préside l'association depuis le 1er septembre 1998. Il a passé l'intégralité de sa vie professionnelle au sein du groupe Danone. Il a notamment dirigé le pôle brasserie du groupe agro-alimentaire (Kronenbourg). Il a également exercé ses fonctions en Chine, en Grèce et au Nigéria. Il s'est aussi occupé de BSN Emballages (fabrication de bouteilles), des sociétés Evian et Badoit.

Pierre Tourrette

François Devos : la sortie des Bières de Mars est toujours un événement. Cette cuvée 2002 est disponible du 1er au 31 mars. Vous n'êtes pas favorable à un prolongement des dates de commercialisation...

Pierre Tourrette
: non, les bières de Mars doivent être produites en quantité limitée, environ 60 000 hectolitres, pour qu'elles gardent leur côté événementiel. Elles sont produites par quatorze brasseurs et disponibles uniquement à la pression. Pour les CHR (Cafés - Hôtels - Restaurants), c'est important aussi que la vente soit limitée dans le temps.

FD : est-ce que les brasseurs ont rencontré des difficultés pour obtenir des matières premières de bonne qualité ?

P. Tourrette : il est vrai que la pluie a gêné les producteurs d'orges de brasserie. Si la quantité est moindre par rapport aux années précédentes, la qualité est au rendez-vous. Si l'orge ne répond pas aux exigences des brasseurs, elle est déclassée. Quant au houblon, la récolte a été correcte. Les bières de Mars seront bonnes.

FD : les brasseurs respectent un cahier des charges bien précis mais ont-ils encore la possibillité d'apporter leur touche personnelle ?

P. Tourrette
: bien sûr, le cahier des charges respecte leur créativité. Nous avons donc des bières de Mars originales, brassées selon les goûts de chaque brasseur.


FD : l'image de la bière est toujours malmenée. C'est au rôle de votre association d'inverser cette tendance. Quelles sont vos projets ?

P. Tourrette : nous devons communiquer à partir des recherches scientifiques menées sur la bière. Cette boisson a des vertus pour la santé, c'est aujourd'hui établi à condition bien entendu de consommer avec modération. Nous ne laisserons pas non plus se propager des contre-vérités sur la bière. Nous devons être vigilants.

FD : les multinationales de la bière, comme Interbrew, Heineken ou Scottish and Newcastle multiplient les acquisitions dans le monde. Quelle place pour la brasserie française dans cette mondialisation effrénée ?

P. Tourrette
: En France, trois grands groupes sont présents et se disputent l'essentiel du marché (Interbrew, Heineken, Scottish and Newcastle - ndlr) mais on assiste à la multiplication des micro-brasseries et la plupart des brasseries indépendantes continuent de se développer sur le créneau des bières de spécialités. Je pense qu'il y a de la place pour chacun à condition que tout le monde fasse correctement son métier. L'essor des micro-brasseries permet au consommateur de découvrir de nouvelles bières, c'est important. Tous les responsables des micro-brasseries ne respectent pas le métier de brasseur. Ils sont alors sanctionnés par le public et donc par eux-mêmes.

FD : Que pensez-vous de la situation de Terken ?

P. Tourrette
: l'association n'intervient aucunement dans la vie des brasseries. Personnellement, je pense que la brasserie roubaisienne reste une grande affaire. J'espère qu'une solution sera trouvée en interne ou via un repreneur.