Pourquoi la mise en bière de Terken est un scandale ?
La grande brasserie de Roubaix a été mise en liquidation judiciaire le 17 février 2004.
Cette institution industrielle de la région et plus précisèment du versant nord-est de la métropole lilloise rejoint la longue liste des entreprises disparues et qui jadis, dans le textile notamment, faisaient la renommée de cette partie de la métropole lilloise. Créée en 1920 par le regroupement de trois brasseries roubaisiennes, "Union", "Alliance Tourquennoise" et "Jean Ghislain", celle qui allait devenir en 1989 Terken portait d'abord le nom de GBM, comme Grande Brasserie Moderne. Forte de 600 000 hectolitres de bières produites par an, la brasserie qui domine le canal de Roubaix était la première indépendante de France jusqu'à son rachat en mars 2002 par Covinor. Surtout, cette brasserie que nous avons eu l'occasion de visiter était un essaim de compétences, de savoir-faire et de professionnalisme dans la fabrication de bière. tous ces talents se retrouvent aujourd'hui privés de leur outil de travail, pour le plus grand désarroi des passionnés de la bière. |
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L'usine Terken s'étend sur 40 000 m² |
Que s'est-il passé ?La GBM ou Terken était une entreprise coopérative, autrement dit, chaque client était actionnaire de la société au même titre mais dans une moindre mesure que les investisseurs. Ce statut très particulier était devenu incompatible avec la nouvelle donne du marché et des règles économiques. Réunir tous les actionnaires devenait une démarche titanesque, quasi-impossibilité de lever des fonds pour l'investissement, structure financière éclatée... Des handicaps structurels qui se sont accentués face à une concurrence de plus en plus rude et des exigences de la grande distribution de plus en plus fortes. |
Positionnement bâtardTerken est une brasserie à la taille pradoxale. Trop grande pour minimiser les coûts au maximum et emprunter les seuls marchés de niche, ceux des bières de spécialités par exemple et trop grande et pas assez rentable pour jouer à armes égales dans la cour des multinationales. Au final, Terken était présent sur les deux tableaux avec des bières de garde comme la gamme Septante 5 et des bières à façon pour marques de distributeurs (qui génèrent du volume et donc du chiffre d'affaires mais peu de marges, vu les contraintes imposées par les donneurs d'ordre, la grande distribution). La brasserie souffrait d'un manque cruel d'argent frais pour moderniser ses installations, réduire les coûts, partir à la conquête de nouveaux marchés. |
La Septante 5, fleuron de Terken |
Gérard Heule, le pdg de Covinor et Terken assurait fin 2003 à www.lachope.com, que l'avenir de la brasserie était assuré. |
Voilà déjà quelques années que le dossier Terken sentait le souffre ou plutôt le vinaigre.En mars 2002, le Tribunal accorde la reprise de la société à Covinor, une vinaigrerie installée à Raismes près de Valenciennes et filiale du groupe néerlandais Farex. Covinor débourse 2,5 millions d'euros pour s'emparer du joyau alors que les actifs de la brasserie (matériel, murs, équipements...) sont évalués entre 7 et 8 millions d'euros. Certains élus avaient alors crié au scandale. On redoutait il y a deux ans une opération juteuse dissimulée derrière ce rachat, en clair que Covinor ne reprenne Terken que dans le but de revendre les installations et les terrains pour réaliser une opération immobilière prometteuse. Le terrain sur la zone de l'Union est très convoité par les promoteurs. Gérard Heule, le patron de Covinor et donc de Terken, que nous avons rencontré fin décembre 2003 à Lille nous assurait que le redressement de la brasserie était en bonne voie malgré une année 2003 plutôt morose. Soit ce chef d'entreprise ne connaît pas la réalité de sa société, soit il a tenté de nous prendre pour des imbéciles. Il faut savoir qu'au moment du rachat par Covinor, Gerard Heule a laissé filer tous les appels d'offres des grandes chaînes de magasin, privant Terken de production à venir. Production qui s'est effondrée l'an dernier. |
Les comptes intéressent la justiceGerard Heule, en reprenant Terken, promettait d'investir 4,57 millions d'euros dans le site roubaisien. Aucune trace à ce jour. La justice s'intéresse à des mouvements financiers qualifiés de curieux entre Terken, Covinor et la maison mère, Farex. La brasserie Terken aurait-elle servi de "pompe à fric" pour le groupe Farex ? C'est une question, non une accusation. La justice fera la lumière. Aujourd'hui, Terken est sacrifiée sur l'autel économique. Ses employés aussi. Que deviendra le site ? Une reprise par les salariés est envisagée mais le temps presse. Les élus locaux et régionaux reprennent le dossier en main. Quelle solution pour Terken ? La question est plus que jamais posée. Les espoirs sont minces. Est-il possible de redimensionner l'entreprise et de faire de Terken une brasserie de taille moyenne, à l'instar de la brasserie Duyck ou Ch'ti à Bénifontaine ? Toutes les suggestions sont les bienvenues pourvu que l'activité brassicole se poursuive. |
Puisse cette cuve d'ébullition resservir prochainement ! |
