"Nous voulons supprimer les bières fortes" : Yves Bur, député UMP à l'origine de la surtaxation des bières supérieurs à 8,5 % Vol. Alc.
Yves Bur s'explique

Yves Bur, député UMP du Bas-Rhin et membre titulaire de la commission des comptes de la sécurité sociale est à l'origine de la proposition de loi instaurant la surtaxation des bières "fortes".
A l'origine, le député souhaitait que cette flambée des taxes ne concerne que les bières supérieurs à 8% Vol. Alc vendues en boîtes métalliques de 50 cl.
Retiré par le gouvernement, le projet n'était pas enterré pour autant. Députés et sénateurs sont revenus à la charge. Ils ont finalement adopté la proposition qui a été élargie à toutes les bières titrant au moins 8,5 % Vol. Alc et quel que soit leur conditionnement.
La chasse à la "8,6°" s'est donc élargie à toutes les autres bières fortes, françaises ou étrangères. Cette surtaxe entre en vigueur au 1er janvier 2003. Concrètement, la taxe sera de 200 euros par hectolitre de bière égale ou supérieure à 8,5 % Vol. Alc. Autrement dit, 2 euros par litre. Faites le calcul, on dépasse les 30 % d'augmentation pour les 3 Monts, Westmalle triple, Bavaria...

Yves Bur s'explique et justifie ses choix sur www.lachope.com


Q : Pourquoi avoir décidé de surtaxer ces bières alors que les taxes sur les alcools de plus de 25 % Vol. Alc restent identiques à 1,28 euros par litre ?

R : la consommation de ces bières fortes est une consommation de rue. Les acheteurs de ces bières recherchent avant tout un degré d'alcool élevé. Elles sont surtout vendues dans des épiceries pour être bues sur la voie publique, nous refusons ce mode de consommation.


Q : Pourquoi alors étendre cette mesure aux autres bières, autres que la 8,6 ° ?

R : Nous avons été obligés de revoir notre projet afin de ne pas subir un rejet des autorités européennes. Si la loi ne concernait que les bières vendues en boîtes de 50 cl, Bruxelles nous aurait sans doute accusé de discrimination. Nous avons donc étendu la mesure à toutes les bières, indépendamment de leur conditionnement.


Q : Les grands brasseurs présents en France (Heineken, Interbrew et Kronenbourg) ou l'Association des Brasseurs de France vous ont-ils incité voire suggéré cette proposition de loi ?

R : Non, absolument pas ! Mais nous constatons que cette mesure correspond à leur code éthique. Ils veulent défendre l'image de leur produit et éviter que la bière ne soit associée à l'ivresse. Ils redoutent que cette consommation dans la rue ne ternisse l'image de la bière. C'est légitime. Souvenez-vous que les bières fortes ne représentent qu'1% de la consommation en France, soit 200 000 hectolitres.

"Nous avons pris cette mesure pour toutes les bières sans prendre en compte certaines spécificités".

Yves Bur - Photo : Ass. Nat

Q : Oui, mais il existe des produits plus authentiques que la 8,6 ° comme les bières belges ou certaines bières produites dans le Nord de la France qui ne sont pas élaborées pour un marché très ciblé mais plus pour des amateurs attachés à un certain terroir, un savoir-faire ?

R : Ecoutez, pour l'essentiel, elles sont vendues en boîtes. C'est vrai, nous n'avons pas examiné le marché dans le détail, nous n'avons pas examiné certaines situations particulières que vous mentionnez. Notre souhait, c'est que ces bières fortes disparaissent de la circulation.


Q : Etes-vous un buveur de bière ?

R : oui, oui, je bois de la bière mais pas aussi forte. Pour moi, la bière ne doit pas dépasser certains degrés d'alcool. Une bière à 9% Vol. Alc, c'est imbuvable !


Propos recueillis par François Devos


Commentaire

Selon les propos de ce député, il nous apparaît assez flagrant que le Parlement a agi dans la précipitation, sans prendre en compte, par ignorance ou de manière délibérée, les particularités du patrimoine brassicole français ou étranger. Lutter contre la consommation de bières fortes dans la rue peut se justifier, surtout quand certaines bières n'ont été produites que dans le but de procurer l'ivresse le plus rapidement possible. Mais pénaliser des bières de terroir, de dégustation qui ne se consomment pas sur la voie publique est non seulement injuste pour les amateurs mais aussi et surtout pour les brasseurs. Il se trouve que ces bières d'excellence, certes très alcoolisées, ne sont produites que par des petites brasseries et non par des grands groupes. Le Parlement ne prenait ainsi pas le risque de se brouiller avec le lobby brassicole, absent de ce marché. Cette surtaxation ne se justifie pas. Les brasseurs concernés n'auront qu'à baisser légèrement le degré alcoolique pour être à nouveau dans la légalité. Cette décision n'empêchera pas ceux qui veulent se saoûler dans la rue de le faire, certains alcools forts leur paraîtront moins chers et sans doute plus efficaces.